LA NATURE SOURCE DE JEU ET DE RESSOURCE par Pauline Lisowski

Les photographies d’Olga Caldas relèvent d’un érotisme teinté d’humour et de poésie. L’artiste dévoile des moments d’intimité avec son propre corps. Nue, ses pauses l’amènent à s’interroger sur son identité. Elle saisit des instants dans lesquels elle se retrouve soit emplie d’énergie, instable, ou posée dans des lieux chargés d’histoires.
Le corps donne parfois corps à l’idée de nature comme élément de ressource. Contempler la nature invite au ressourcement, telle une pause, une plongée dans un rêve. 
Ses photographies prises dans son jardin, cet espace de jeu qu’elle compose, évoquent l’insouciance et la joie de l’éveil du regard. 
La végétation caresse son corps nu et semble lui procurer une certaine énergie vitale. Si ses images attirent le spectateur par leur caractère étrange, elles activent en retour son imagination et l’amènent à penser, à rêver et à voir au-delà.

Dans la série Daydreams #secret garden, l’artiste cite cette phrase de Lewis Caroll : « Let’s pretend the glass has got all soft like gauze, so that we can get through »
La traversée du miroir est une façon pour l’artiste de s’abîmer dans sa propre dynamique créatrice. Olga Caldas se met en scène, nue dans un jardin où tout pourrait basculer vers un autre monde. La présence du miroir, de peluches, d’un animal qui s’invite à l’improviste, et d’autres objets avec lesquels elle joue à masquer son corps pour mieux le dévoiler, nous suggèrent une quête d’évasion et de renversement vers un autre espace, imaginaire, plus libre où tout devient possible. « Peluches, miroirs, cage… ce ne sont pas des objets choisis au hasard, ce sont des objets investis d’une histoire, mêlés à ma propre histoire. Des sujets plus que des objets. » 

L’artiste établit une rencontre, une véritable fusion avec la nature. Ses photographies nous renvoient au monde de l’enfance, durant lequel nos sens sont les plus réceptifs et où tout est source d’émerveillement. Elles expriment, en filigrane, une quête des origines. « Voir les choses à travers les fenêtres de mes yeux, les fenêtres de mes rêves, avec la poésie comme diapason. » 
Dans le jardin secret d’Olga Caldas, le rêve fait remonter à la surface des souvenirs d’enfance, de joie, d’émerveillement, de liberté, et le plaisir d’être au contact d’objets chéris et d’éléments naturels. D’en éprouver les sensations qu’ils peuvent nous procurer.
Virgin Trees, présente un jeu entre le caché et le dévoilé. Un arbre superposé sur un visage féminin dessine de nouveaux contours. Comme ornement d’un vitrail. Le portrait se découvre à travers ses branches, une jeune fille plongée dans ses pensées. Son visage, au sourire énigmatique, nous fait d’emblée penser à Mona Lisa, l’icône qui continue d’inspirer et d’éveiller une éternelle curiosité.
Au travers de cette figure féminine se déploient les thèmes de la pureté et de la virginité avec, en contrepoint, l’émergence d’une certaine spiritualité. L’arbre, nu, par ses ramifications dessinant comme une généalogie, nous renvoie au déploiement de l’individu au sein même de la nature, comme partie intégrante de cette dernière, inextricablement unis. 
« L’arbre est symbole de force de vie, et la forêt qui l’accueille, lieu ancestral de peurs rationnelles et irrationnelles. » 
Olga Caldas réunit deux rencontres, celle d’une jeune personne et un autre élément du vivant, l’arbre, ici, dans sa plus simple expression. De là naît alors un échange entre ces deux êtres vivants porteurs d’imaginaire, de symbolique et de poésie.
Lit de bambous, présente une scène poétique, où le lit est symbole de la vie et des nombreux moments, des relations, des attachements entre les êtres. Comme retrouvé au milieu d’un tapis de bambous, cet objet disparait presque et le corps est ainsi mis en lumière. Ce corps dans une position de quête, entre terre et ciel, semble s’échapper vers un monde hors du temps.

​« Dans chacune de mes images, il y a à l’œuvre l’imagination, c’est elle qui me permet d’aller au-delà, d’extravaguer, selon la magnifique formule de Victor Hugo, de créer du merveilleux, de retrouver une aire de jeu et de liberté si rare et si précieuse. »

« La Nature est un temple où de vivants piliers 
Laissent parfois sortir de confuses paroles ; 
L’homme y passe à travers des forêts de symboles 
Qui l’observent avec des regards familiers. (…) » 
Charles Baudelaire 

Avec Correspondances, titre du poème de Charles Baudelaire, Olga Caldas attire notre attention sur les dessins que produisent les branches d’arbres en hiver. Cette saison révèle la structure de ces êtres vivants qui invitent à porter notre regard vers le ciel. On pense aux vitraux dans les cathédrales. 
Des liens entre les branches entremêlées créent une sensation d’étrangeté. Les arbres avec leurs branches découpées créent un paysage abstrait. Les contempler nous amènent à nous laisser porter vers les airs, à nous évader dans nos pensées.
​Au printemps, la vie renait et les fleurs dévoilent leur éclat. L’artiste a joué avec ces images pour renforcer cette ode au foisonnement du végétal. Cette série évoque le cycle de la nature, l’éternel recommencement, la mort, la renaissance et la transformation perpétuelle. Par ce jeu de composition, ces photographies rappellent des moments où la nature nous émerveille et où un infime mouvement peut paraître magique et nous transporter
Nue, l’artiste retrouve une relation des plus pures à la Terre et aux autres éléments naturels. Cette attention à la nature appelle au soin et à la compréhension des êtres vivants. 
Le jardin se révèle lieu de l’intimité, prolongement de la maison, l’espace, qu’on se crée pour le plaisir de s’enfuir dans un monde intérieur. 
Les positions de son corps, en osmose avec la nature, l’amènent à le ressentir et à se connecter au monde.
​« Ce lieu, mon corps ou le corps d’autres personnes, je l’explore, tout comme j’explore mon jardin, la forêt, la nature. Ses moindres coins et recoins, ses creux et ses monts, ses contrastes, ses aspérités, ses possibles.
C’est un paysage, c’est un pays. C’est une identité et une entité. C’est un infini.» 
Les photographies d’Olga Caldas, entremêlant corps et nature, suggèrent ce temps pris à explorer, à jouer avec ce qui l’entoure, à inventer un dialogue imprévu. Elles mettent en exergue des moments de présence forte au monde, où le corps reçoit ce que lui offre le lieu qu’il habite et l’habille. L’espace d’exposition devient dès lors espace d’expérimentation et de contact intime avec le vivant. Observer les images de cette artiste nous renvoie à nos propres expériences sensorielles transmises par le corps lorsque celui-ci est immergé au milieu des éléments naturels. Le corps, l’intime permettent ainsi de catalyser et de repenser l’énergie singulière que nous transmet le monde végétal d’une manière toute originelle. 

Pauline Lisowski, critique d’art. Paris, avril 2019
Publication issue du magazine d’arts contemporains Corridor Elephant